PROJECTIONS DE FILMS D'ARTISTES

Cycladic Figures
William Leavitt

Cinémathèque Robert-Lynen, Paris
Mardi 10 avril 2018 (entrée libre)
Projection en boucle de 18h à 20h30


William Leavitt, Cycladic Figures, 2017. Courtesy de l'artiste et de la galerie frank elbaz, Paris

Artiste incontournable de la scène californienne, William Leavitt est associé à l'émergence de l'art conceptuel ; il est l'un des représentants emblématiques du Narrative Art. Il se définit lui-même comme « un spécialiste de la narration de quelque chose », qui essaye « de donner forme à des histoires au moyen de peintures, de situations et d'objets qui, eux-mêmes, conduisent à d'autres possibilités de narration ». Pour construire ce qu'il appelle son « théâtre de l'ordinaire », il s'appuie toujours sur l'imaginaire collectif élaboré et fossilisé par Hollywood, dont il tord sciemment le cou. Utilisant ses propres installations et peintures pour créer des décors archétypaux — des vrais décors-témoins de l'industrie florissante du cinéma et des sitcoms —, il réalise des films qui sont des petits théâtres de l'absurde : des collages en mouvement de temps et d'espaces où se mêlent, entre autres, le prosaïque, la science, le surnaturel, l'amour, la philosophie et la science-fiction.

C'est avec l'image d'une vieille télévision obsolète, allumée sur l'image fixe et pixélisée d'un croissant de lune, que s'ouvre son dernier film Cycladic Figures. Peut-être un clin d'œil à Nam June Paik et à son installation The Moon Is the Oldest TV (1965), cette image d'ouverture symbolise surtout toute une imagerie populaire et l'intrusion de l'image cinématographique industrielle dans tous nos foyers. Elle souligne également l'utilisation récurrente par l'artiste de la superposition d'espaces dans un espace, de l'introduction d'autres dimensions, d'autres espaces-temps. Cette amorce annonce les intentions de William Leavitt : il nous embarque dans une succession de scènes formant un scénario aux contours assez flous, à la cohérence cryptique où, dans ce futur proche où l'électricité sera indispensable et la technologie, les ondes et la science omniprésentes, des couples dialoguent et s'interrogent. Les décors typiquement californiens sont si stéréotypés qu'ils fonctionnent comme des espaces mentaux, renvoyant à la vacuité des relations entre les protagonistes. Leurs échanges sont « so soap », sans pathos, désabusés mais inquiets. Chez chacun d'eux, cette même incapacité à jouir de la vie. Plutôt ils fuient dans la fiction, leurs rêves, leurs délires scientifiques, leurs cages de Faraday. Les dialogues sont si sérieux ou absurdes qu'ils en deviennent drôles ; on a l'impression que ce sont des extraits d'autres films, des caricatures de dialogues empruntés à des genres divers : films de science fiction, films d'action, comédies romantiques, etc. Devant la perplexité et le désarroi de ses personnages, William Leavitt recourt à l'immatériel, à la superstition, à la magie. Et vite, nous nous rendons compte que les canaux cryptés utilisés par les ondes de toutes ces nouvelles technologies sont similaires à ceux empruntés par les fantômes, les voix, des figures archaïques, mythologiques et culturelles, qui viennent en aide aux mortels. Au-delà des références formelles et cinématographiques, au-delà de la caricature, ressort cette notion philosophico-scientifique d'une "Noosphère", soit cette couche de conscience collective de l'humanité tout entière, d'un million d'années de pensées vibratiles entrant en résonance avec les capacités vibratoires des technologies contemporaines, qui engendre tout à la fois de la distance et du lien, où tout devient question d'espace et d'espèces d'espaces.

Né en 1941 à Washington D.C., William Leavitt vit et travaille à Los Angeles.
La galerie frank elbaz lui consacre jusqu'au 19 mai une exposition personnelle intitulée, Western Movie.
Parmi ses expositions personnelles récentes, citons : MAMCO, Genève, 2017-2018 ; Honor Fraser Gallery, Los Angeles, 2017 ; Greene Naftali Gallery, New York, 2016 ; Museum of Contemporary Art, Los Angeles, 2011 ; et LAXART, Los Angeles, 2009.
Il est représenté par les galeries frank elbaz, Paris, Greene Naftali, New York, et Honor Fraser, Los Angeles.